Je choisis le X pour les raisons qui apparaîtront bientôt. Voici un extrait du protocole 2 :

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont les glissements du X dans l’anagramme 211 précédemment cité. Pour faire bref, le protocole 2 présente quatre interventions sur la consonne X du mot « paix », que je cite en tronquant les vers précédents et suivants :

Cela pourrait sembler anodin, n’étaient trois souvenirs de lecture de W ou le souvenir d’enfance (1975), La Vie mode d’emploi (1978) et Cantatrix sopranica L. et autres écrits scientifiques (recueil posthume paru en 1991). Dans W ou le souvenir d’enfance, le X apparaît lié au souvenir d’un « vieil homme aux moustaches grises (…) [qui] sciait son bois sur un chevalet formé de deux croix parallèles, prenant appui sur l’extrémité de leurs deux montants de manière à former cette figure en X que l’on appelle “ Croix de Saint-André ”, et réunies par une traverse perpendiculaire, l’ensemble s’appelant, tout bonnement, un X. Mon souvenir n’est pas souvenir de la scène, mais souvenir du mot, seul souvenir de cette lettre devenue mot, de ce substantif unique dans la langue à n’avoir qu’une lettre unique, unique aussi en ceci qu’il est le seul à avoir la forme de ce qu’il désigne ».
Fascination pour cette lettre-mot qui semble échapper à l’arbitraire du code linguistique : un exemple de cratylisme pur, qui abolirait la distance entre le mot et la chose. Nul abîme entre eux. L’X serait l’unique mot-chose d’une langue naturelle.
Perec poursuit : le X est « signe aussi du mot rayé nul – la ligne des x sur le mot que l’on n’a pas voulu écrire –, signe contradictoire de l’ablation [en neurophysiologie, où, par exemple, Borison et McCarthy (J. appl. Physiol., 1973, 34 :1-7) opposent aux chats intacts (intact) des chats auxquels ils ont coupé les vagues (VAGX), soit les nerfs carotidiens (CSNX) et de la multiplication, de la mise en ordre (axe des x) et de l’inconnu mathématique ».
Soit le X valant pour la rayure, l’ablation, la multiplication, la mise en ordre. Ces quatre opérations viennent s’ajouter à l’anagramme, à la métathèse, à la prothèse et à l’épenthèse qui font bouger le X dans le mot « paix » traduit de Goethe.

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