Du signe à la queue, pour indiquer à l’interprète de continuer à jouer jusqu’à rencontrer le signe de la coda.

Coda, comme le passé simple de « coder ». Exemple : Georges coda le poème de Johann Wolfgang.
Je continue de jouer, et d’enchérir sur les billets précédents consacrés à La Machine de Perec, pour dire ceci : a) le codage à l’œuvre dans La Machine excède la seule œuvre La Machine, b) Perec cherche, avec La Machine, « le noyau essentiel de la poésie », qu’il aurait peut-être trouvé, c) Roubaud continue à sa manière l’œuvre de Perec.
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a) le codage à l’œuvre dans La Machine excède la seule œuvre La Machine
Lisant le drôlissime L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, publié initialement en 1968 dans une revue technique, puis en 2008 chez Hachette, je découvre à la fin du livre l’organigramme à la racine du texte (et de la pièce de théâtre L’augmentation). Perec crée une arborescence logique, semblable aux opérations informatiques (binaires : oui/non, 1/0).

b) Perec cherche, avec La Machine, « le noyau essentiel de la poésie », qu’il aurait peut-être trouvé
Et si les monogrammes X et W étaient les derniers signes poétiques d’avant le silence ? Ces unités graphiques minimales (que j’ai d’ailleurs retrouvées en lisant L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, pour désigner « monsieur xavier », le susdit chef de service, qui devient « mr x », de même que je suis tombé sur « mr Wolfgang » (Goethe, encore), un autre chef de service, concentré en « mr W »), ces unités minimales pourraient-elles être l’expression graphique du « noyau essentiel de la poésie » ?

J’observe que dans L’art et la manière d’aborder son chef de service…, le x est en minuscule, alors que le W est immédiatement en majuscule, réminiscence de W ou le souvenir d’enfance mais aussi du personnage de Gaspard Winckler dans La vie mode d’emploi. W se distingue ainsi de x, y et z, qui désignent les inconnues d’équations mathématiques ; W est un monogramme perecquien.
Comme Perec, je m’aventure dans la langue allemande. « Poésie » se dit « Dichtung », « condensation » se dit « Verdichtung ». Il suffit à l’allemand de préfixer le mot « poésie » pour obtenir « condensation » ! Freud a mis en évidence, dans L’interprétation des rêves, les phénomènes de condensation et de déplacement qui président à l’élaboration du rêve. Les sens fantasmatiques, de l’aveu même de Perec, accordés aux graphies X et W, tiennent aux opérations mentales propres à la création littéraire, analysée en cure (Perec a commencé l’une de ses analyses parce qu’il ne parvenait plus à écrire).
Je rêve alors à cette condensation des sens possibles, qui tiendraient tous dans X et W, et que les textes successifs de Perec ne cesseraient d’expliquer, c’est-à-dire de déplier.

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