Mers, hirondelle et écureuil : comme un apprivoisement du monde

Il est une question qui m’occupe (d’une occupation militaire). Comment vivre poétiquement ? Aveu personnel d’impuissance dans la réponse à apporter, qui n’est pas simple ; et peut-être bien, aveu existentiel.

Cimetière marin de Sète, depuis le théâtre Jean Vilar

Il reste qu’aujourd’hui, je suis allé écouter Maite Soler, au Musée de la mer de Sète, face à la mer, et à quelques encablures du cimetière marin.

Vue du parapet du théâtre Jean Vilar depuis le musée de la mer

J’ai déjà évoqué ses Autages, ses formidables visages, qui viennent vers vous par vagues ophtalmiques.

L’écouter dire ses textes de L’Esquirol et de L’Hirondelle, quand elle glisse du français au catalan, du catalan au français, et chantonne. Me laisser surprendre par ces musiques des langues-sœurs, dans la houle maîtrisée de sa voix.

Elle est assise, sous une ligne de flottaison particulière : celle des photographies de son exposition actuelle, « Mares – Mers ». Disons, alors, que Maite Soler est immergée. Ses mots sont ressac : ils disent l’instant habité et retenu dans la répétition même des vers. Ils disent la maternité, le quotidien, détourés sur fond de vastitude : ciel et mer.

Maite Soler, Musée de la mer, 7 mars 2026

Pour avoir réfléchi sur l’hirondelle dans le recueil Dâh, Dans la nuit khmère de Christophe Macquet, j’ai été très sensible au bestiaire de Maite Soler, à son hirondelle qui « vole rasant [s]a tête », aux apparitions fugaces de l’esquirol, de l’écureuil. Ils nous rappellent les animaux que donc nous sommes. Que l’essor d’une hirondelle, le vivace écureuil, ne sont pas pure contingence, mais phénomènes non séparables de notre présence à cet instant-là. L’acte poétique – ou plutôt l’agir poétique – serait cette coïncidence remarquée, ressentie, continuée par l’artiste dans la sphère de la parole : le phénomène d’un vol rasant d’hirondelle, refente noire dans le bleu du ciel, transmuté en signes noirs sur le papier, en sons articulés qui les disent et les chantent.

Les photographies marines de Maite Soler tendent à l’abstraction, à l’idée évocatrice des vagues écumeuses, contrepoint, me dit Maite, du travail figuratif qu’elle a récemment poursuivi. Quand la présence de l’infini  maritime et céleste est trop imposante, c’est au point d’ancrage figuratif qu’elle s’amarre.

La mer devient étoffe, brume, plissement géologique : métamorphose. Le vaste infini bientôt contenu dans le cadre d’une photographie, comme un apprivoisement du monde.

Un début de réponse à la question : comment vivre poétiquement ?

Exposition « Mares-Mers » de Maite Soler jusqu’au 15 mars 2026 au Musée de la mer de Sète


En savoir plus sur L'OEIL A FAIM | bruno lecat

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.