Trois mots de la Descente de l’Escaut de Franck Venaille. Ils chantent avec ceux d’Henri Michaux, « Je vous écris d’un pays lointain ».
Je renvoie à demain, je sursois aux lignes que je ne tracerai pas, pour vous dire. Pour vous dire que j’ai pleuré jusqu’au tarissement.
Que le pays lointain est celui que j’habite maintenant, lointain parce que loin de vous tous – non que je l’aie voulu.
Demain, je vous écrirai. Je vous dirai.
Que je n’ai pas encore descendu l’Escaut, alors même que je l’ai traversé, sur le pont Jacob de Valenciennes, des centaines de fois. Sans mesurer l’importance de ce franchissement, tout entier pétri de l’idée de pont. Il m’aura fallu l’amitié d’Emmanuelle C. pour attirer mon attention sur Franck Venaille.
Après l’Escaut, un autre pont enjambe les voies ferrées, dont le pouvoir d’attraction reste intact. Je vous dirai cela. Cet amour simple des gares, des mécaniques domptées, des rails parallèles. Je vous l’ai déjà dit dans les Archéologies ferroviaires.
Je vous dirai, sans doute, mes errances et mes vagabondages, mes voies de traverse qui puent la créosote, le repentir et l’éblouissement.
Je vous dirai les furies, les silences obstinés au fond d’une vallée, l’oubli forgé à froid d’un être aimé.
La délivrance fugace des encres, des gravures, croyance magique qui n’abolit rien.
Le nom qu’il faut taire, car le nom est fantôme qui hante la nuit.
Je vous dirai la dissolution au creuset des toxiques.
Je vous dirai l’amour perdu.
Je croyais qu’il se cachait derrière un voile : or Māra signifie « mort ».
Je vous dirai encore que l’on revient de ça – Gaspard Hauser me l’a dit.
Bien trop de Je, j’en conviens bien – mais c’est demain que je vous écrirai.

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