Imaginaires de l’archive

L’idée de ce nouveau chantier de réflexion est née peu à peu, en lisant l’oeuvre de Jean-Yves Jouannais. Le statut particulier que cet auteur accorde à l’archive m’a amené à en interroger les fondements. Qu’est-ce qu’une archive ? Quel rôle joue-t-elle au sein du roman, et au-delà de lui ? Car il ne s’agit jamais de fiction « pure », au sens où une fiction serait coupée du monde.

Non : le projet de l’Encyclopédie des guerres, cette longue séquence de conférences-performances déployée sur seize ans, accompagnée de parutions diverses, dont les romans Une forêt, La bibliothèque de Hans Reiter, des portraits obsidionaux de L’usage des ruines, du Traité de castellologie littorale, sous-titre à Les barrages de sable, est souvent à la croisée de l’historiographie et du récit de fiction, position cruciale qui ne cesse de réinventer les relations de l’auteur et de ses lecteurs au Temps et au Récit.

La fiction, donc, réserve une certaine place à l’archive, entendue d’abord, selon les termes de Jacques Derrida dans Mal d’archive, comme un principe,  » arkhé « , qui est commandement et commencement. Archive guerrière, archive historique, littéraire, iconographique. La matière est profuse et donne le vertige.

Relisant Jouannais, et particulièrement Une forêt, il m’est apparu que l’archive était traitée de façon littérale, comme support mémoriel physique (les archives d’une ville, les bibliothèques, qui sont à leur manière des archives, les livres – récits, manuels d’histoires, traités, etc.) auquel a recours l’auteur pour créer, et de façon figurée – c’est la reconfiguration poétique du thème archival.

Mais le terme de « place  » dévolue à l’archive ne convient pas. Trop flou, trop convenu, je lui en ai préféré un autre, qui puisse considérer les lieux archivaux, littéraux et figurés ; les rapports qu’ils entretiennent au-delà de leur apparente disjonction dans le temps ou dans l’espace ; sans délaisser ce par quoi l’archive est d’une part limitée, et ce par quoi elle est d’autre part creusée : le vide, les manques, l’absence. Et c’est le terme de topologie qui m’a paru convenir ici, pour tenter d’embrasser à la fois les horizons d’attente du lecteur que je suis, l’intenté de Jouannais, les effets de la lecture sur mon imaginaire, tout cela émanant de l’acte même de création littéraire.

Topologie de l’archive, consacrée, pour les 6 contributions que D-Fiction va mettre en ligne, à l’oeuvre de Jean-Yves Jouannais. Le projet est de poursuivre ma réflexions sur d’autres oeuvres.

Je vous invite donc à découvrir la première publication, datée du 1er juin 2026.


En savoir plus sur L'OEIL A FAIM | bruno lecat

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur L'OEIL A FAIM | bruno lecat

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture