Là d’où Δ écrit
Là d’où Δ écrit, la lumière brusquement cesse au bord. Le temps s’est alenti, à ne devenir rien : avalé. Là où Δ est, Δ voit peu dehors. De l’extérieur, un observateur ne verrait rien. Le bord lui-même est une hypothèse. Par soustraction de l’espace, de la lumière, du temps, les autres supposent qu’ Δ est là-bas, dans l’invisible densité. Δ suppose que le temps a aussi ralenti pour les autres, et s’abîme en expériences de pensée.
Dans le passé du monde, Δ scrute les évènements qui fluent, en éliminant le flou de sa vision. La très grande solitude aide. Selon une certaine perspective, enfin, Δ discerne un évènement particulier, entre deux contractions du temps. De sa place mobile, Δ voit ainsi la rencontre de deux grains qui a eu lieu, a lieu, aura lieu. Deux trajectoires se sont croisées, cette interaction a dégagé une chaleur, seule capable de déterminer, à l’instant précis du contact, la probabilité des trajectoires. Mais ce calcul est sujet à caution.
À présent, en l’absence de corps chaud, Δ se refroidit peu à peu. C’est pour Δ la seule évidence de ce que les autres appellent temps : son passé était la chaleur. Son futur est le froid. Δ sait calculer ce refroidissement. Son monde est ainsi : un constant refroidissement vers le zéro absolu.
Δ observe la monotonie d’une pierre se désagrégeant dans le monde des autres. Δ est plus lent que cette pierre. Sa grammaire est un seul présent inceptif, qui rend compte des interactions primordiales.
Δ dissémine quelques signes, qui informeront au-delà du bord.

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