Bord nu | 10 | Ver d’oreille*

Le ver d’oreille s’installe au réveil. C’est une musique obsédante, jouant du sortilège de la répétition. C’est une chanson obsidionale, glissée dans une brèche du for intérieur, mollement gardé par une conscience à peine vigile. Intrus habillés de sons joués par d’autres. Virus qui se propage instantanément en moi. Il se manifeste aussitôt que ma conscience vaque.

L’un des vers térébrants est une chanson de Swell, Sunshine, everyday. Elle m’a immédiatement hypnotisé, s’invitant plusieurs semaines dans les circonvolutions de mon cerveau. La neurologie explique qu’il s’agit là d’une imagerie musicale involontaire ou INMI. J’entends cette chanson, elle joue en moi, comme si je la générais : c’est une perception à l’envers. J’aurais, dit la science, une épaisseur de cortex réduite dans les deux zones de chaque hémisphère cérébral, le gyrus temporal transverse, impliqué dans la perception auditive, et le gyrus frontal inférieur, activé pour la mémorisation verbale. L’apparition du ver, dit encore la science, dépend du contexte de l’écoute, des propriétés de la musique, et du caractère de l’individu. Une tendance à la névrose prononcée est propice au phénomène.

Bien. Ce ver, que l’écoute de la chanson originale ne chasse pas, mais peut renforcer, est une hantise (une hallucination ?) qui teinte ma perception de nouvelles synesthésies. Je réagissais d’abord en assiégé : me défendre par d’autres pensées, d’autres musiques. C’était inutile. J’accueillais le spectre, au seuil de l’inouï. Et j’observais le ver. Un chasse-angoisse ?

Que dit la rengaine de l’hanté ?

Au bord de la conscience, les mots et rythmes évoquent une douloureuse expérience lointaine : un accident de moto, au Mexique, en pleine avenue. J’en sortirais sans blessures graves, sinon les brûlures de la peau sur l’asphalte, la morsure de l’acier des cale-pieds crantés dans la chair, quelques heures de prison pour conduite en état d’ivresse. Ancrée, aussi, la cause fondamentale de l’accident : le désir de disparaître.

(Photo du perce-oreille : ©rheinland-schaedinge.de, droits réservés)


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Réponse

  1. Avatar de françoise renaud

    obsessions sonores, pénétrantes… creusement de galeries à travers l’espace du cerveau, creusement parfois délicieux, parfois douloureux…
    en général tout le monde adore ces voix-là qui nous habitent longtemps
    et cette ambiance vert luisant puis rouge sang qui habite la scène en live (un petit côté Bowie non ?)

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